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Nouvelle Calédonie-Kanaky : développement durable et PIEDS NICKELES

dimanche 3 janvier 2010

Il est, en territoire français, des endroits "oubliés" où la distance semble générer des comportements néo-coloniaux. C’est le cas de "notre" Nouvelle Calédonie, où le Haut-Commissaire DASSONVILLE, nommé par Christian ESTROSI, se prend visiblement pour un vice-roi à l’ancienne, menant une politique de force vis-à-vis des syndicalistes locaux de l’USTKE* (qui porte aussi une part de l’expression Kanak ), alors qu’en métropole ce genre de comportement mènerait sans tarder aux oubliettes tout haut fonctionnaire qui s’y risquerait...

18 mois ferme à purger pour Gérard JODAR par exemple, au Camp-Est, une prison digne de l’Amérique Latine, pour s’être, en voulant éviter les charges policières, réfugié dans un avion vide sur tarmac, ce qui a permis de qualifier son "crime" en entrave à la circulation aérienne... C’est autre chose que les gentilles condamnations réservées aux élus prévaricateurs et criminels en col blanc de métropole ou même à nos inoffensifs faucheurs de maïs OGM ! Bravo au Parquet local… et à M. le Haut-Commissaire ! Ca, c’est de la poigne !

L’oubli de la Justice est aussi celui du développement durable, une véritable découverte ou plutôt redécouverte des années 2000 qui a suscité quelques actions de fond mais aussi un effet de mode sur lequel surfent aujourd’hui les pollueurs les plus invétérés et les politiciens les plus cyniques, souvent associés entre eux ainsi que le prouve la récente tentative de mise en place de la taxe carbone en France, où ils ont voulu faire payer la note… aux victimes de la pollution !

L’oubli se traduit enfin par une réalité économique et sociale dont le mouvement guadeloupéen animé par le LKP a récemment fait prendre conscience, même en métropole, celle de la "Pwofitasyon", une forme d’exploitation économique post-coloniale accompagnée d’abus et d’incohérences divers à caractère administratif.

Et le "Caillou" semble bien être au rendez-vous de ces trois phénomènes.

La culture Kanake est clairement et peut-être davantage que celle de nos écolos métropolitains, une culture du développement durable et particulièrement, par définition, du respect de l’environnement. Elle peut donc concourir, avec celles des Caldoches, descendants des Blancs établis sur place et des "métros", à former la base d’une plaque de culture française autonome, en dialogue avec les pays voisins et susceptible de contribuer au rayonnement de la France et à ses intérêts. Le culte des ancêtres n’est pas incompatible avec la pensée moderne...quand pensée il y a !

Il faut pour que cela puisse se faire, jouer le jeu : mettre le turbo sur l’éducation, des formations adaptées au contexte local, l’administration de la justice. Il faut s’abstenir de manipuler les équilibres démographiques**, ce qui ne peut que générer la méfiance. Il faut favoriser le dialogue et respecter les us et cultures locaux. Il faut aussi et à tout prix éviter de mettre les ressources minières et halieutiques à l’encan et de laisser détruire un environnement exceptionnel ( les récifs coralliens, par exemple ou le "coeur de Voh" que la couverture de "La Terre vue du Ciel" a rendu célèbre) au nom de la création de richesses qui partent ailleurs, au Brésil ou au Canada par exemple.

Les Pieds Nickelés du Caillou semblent bien faire tout l’inverse, en cherchant délibérément à détourner le processus de décolonisation engagé par les accords de Matignon. Ils relancent le modèle éculé, dégradant et explosif qui a déjà fait ses "preuves" aux Antilles : "On vous file du fric, des sièges électifs ou des primes d’expatriation (!) alors fermez-la !" Pourtant, où veut-on aller avec cette sotte politique qui ne peut mener, que ce soit en Caraïbe, dans l’Océan Indien ou le Pacifique, qu’ à l’incendie ? En vérité, le temps des vice-rois et des élus manipulés au travers d’ un ministère spécialisé est terminé et il faut trouver autre chose, écouter et imaginer autre chose que des collusions opaques avec les majors du minerai.

Quelle que soit la vision qu’on ait de l’avenir du Territoire, rien ne saurait justifier ce qui s’y passe en ce moment. Ici, la gouvernance ne doit pas seulement être juste, elle devrait aussi être intelligente. Faute de quoi, la "politique" sarkozyste, inspirée comme d’habitude par le court terme politicien et les intérêts des amis, nous prépare un douleureux réveil et un échec de plus dans l’évolution de la France ultramarine c’est-à-dire de la France tout court. C’est cet Outremer, pourtant, qui représente aujourd’hui l’une des plus belles chances de notre pays.

Et Bonne Année malgré tout à vous, Gérard JODAR, à vos amis et aux familles

et bon courage !

* Union Syndicale des Travailleurs Kanaks et des Exploités

** Le solde migratoire positif de "métros" attirés par des opportunités économiques liées à l’exploitation du nickel est actuellement d’environ 2000 personnes par an, avec un revenu et donc une dépense moyens naturellement beaucoup plus élevés que ceux des Kanaks. Ceux-ci, qui sont une petite moitié de la population, voient une richesse destructrice de l’environnement leur passer sous le nez avec les Porsche Cayenne et les résidences fermées conquises sur les terres de leurs ancêtres. Explosif...l’étude de ce qui s’est passé ailleurs dans le Pacifique est pourtant instructive.

Jean Levain

2 Janvier 2010

http://jeanlevain.typepad.com/

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