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"Les Nouvelles-Calédoniennes" 22/12/2009

Le ministère de l’Outre-Mer porte plainte contre Gérard Jodar

jeudi 24 décembre 2009

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Le président de l’USTKE sera jugé en février pour diffamation présumée envers la police. L’affaire remonte aux affrontements de Carsud. Le syndicaliste demande à être libéré d’ici là.

C’est ce qui s’appelle un retour de bâton. De barre de tribunal, plus précisément.

Après les affrontements de Carsud, en janvier 2008, l’USTKE avait saisi les médias et la justice pour dénoncer des violences policières. Deux ans plus tard, ce sera à Gérard Jodar de répondre de diffamation présumée envers la police, au cours d’un procès qui vient d’être fixé au 5 février.

Le 18 et le 26 janvier 2008, dans deux textes parus sur son site internet, le syndicat avait décrit des « passages à tabac » et qualifié les fonctionnaires du groupe d’intervention de la police (GIPN) de « tortionnaires encagoulés » (1). Deux mois après la mise en ligne des communiqués, le ministère de l’Outre-Mer avait déposé plainte pour diffamation et « allégations portant atteinte à la considération de la police nationale » (le ministère de l’Outre-Mer dépend de l’Intérieur). Les recours visent Gérard Jodar, en sa qualité de directeur de publication du site, et Alain Trupit, responsable communication de l’USTKE, pour « complicité ».

Une perspective qui n’effraie pas le syndicat, ni ses défenseurs. « Michèle Alliot-Marie [ministre de l’Intérieur à l’époque] va nous donner l’occasion de rapporter la preuve des violences policières que nous avions dénoncées » se réjouissait, voilà quelques mois, Me Laurent Aguila, qui assure la défense de l’USTKE avec Me Cécile Moresco.

La stratégie des avocats est claire : il s’agira de revenir sur les actes des policiers, et de soulever une « exception de vérité ». Cela ne sera pas facile. D’après le syndicat, au cours du premier assaut du GIPN à Carsud (2), des militants ont servi de boucliers humains face à des jets de pierres, tandis que d’autres ont été entassés dans des fourgons. Le syndicat a aussi décrit des tirs de flash-ball destinés à punir, davantage qu’à se défendre. Mais un rapport de l’IGPN (3), la « police des polices », avait conclu que la réalité des faits n’était pas démontrée, et que les tirs de flash-ball relevaient de la légitime défense. La plainte du syndicat avait été classée sans suite par le parquet. Pas celle du ministère de l’Outre-Mer.

(1) Dans la nuit du 16 au 17 janvier, 200 sympathisants de l’USTKE s’installent sur le terrain de Carsud, à Normandie. Le haussariat envoie autant de gendarmes pour les déloger. Les affrontements durent onze heures (45 arrestations, 5 blessés légers).

(2) Groupe d’intervention de la police nationale.

(3) Inspection générale de la police nationale.

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Il sort quand ?

Selon Cécile Moresco, avocate de l’USTKE, une demande de remise en liberté a été déposée à la cour d’appel en septembre, dès la confirmation de la peine en cour d’appel. La justice a quatre mois pour examiner ce type de recours, c’est-à-dire jusqu’au 18 janvier. Si elle ne le fait pas, explique l’avocate, « il sera libre ». Mais il est peu probable que les magistrats oublient Gérard Jodar et lui offrent une telle opportunité.

Si la remise en liberté était refusée, le président de l’USTKE purgerait ses 18 mois de prison, les remises de peine automatiques en moins. Car il s’est pourvu en cassation, ce qui lui interdit toute forme d’aménagement. Un choix qui lui ouvre, en revanche, les portes de la cour européenne des droits de l’homme (que l’on ne peut saisir qu’après l’épuisement de tous les autres recours). Et la possibilité de faire condamner la France... Par exemple pour les conditions de détention du Camp-Est.

Marc Baltzer

(source : http://www.info.lnc.nc/)

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