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Mon voyage en colonie

Témoignage d’un jeune métro de 18 ans

mercredi 14 octobre 2009

Ces couleurs vives, ce véritable arc en ciel, c’est beau c’est vivant !

Mélange de teints, nuance des traits, tous si différents, voila la famille humaine !

Réunis là tous ensemble, dans cette lutte fraternelle, l’histoire et le passé ont peut-être leurs mystères ; l’avenir, lui, prendra sa source dans le métissage des idées, ça s’est sûr !

Face à l’ennemi désigné, responsable de plus de 150 ans d’injustices, face à l’individualisme sclérosant de nos sociétés, ces hommes font bien figure de résistants et deviennent les garants de la constellation humaine dans un monde occidentalisé, écrasé par le monopole de la pensée unique.

Ces pierres lancées sur le symbole de l’oppression, ces petits cailloux témoins de l’injustice font peur à nos esprits bien pensant. Nous qui sommes si loin du drame, si aveugles à la cupidité et au mercantilisme de notre société...

Seulement, là-bas, ce n’est pas comme ici, là-bas sur cette petite île exotique on enferme des syndicalistes, là-bas on saccage des montagnes pour rentabiliser la terre sacrée des ancêtres, là-bas on s’enrichit sur le dos d’un peuple, c’est le nouveau laboratoire de l’impérialisme et du colonialisme, et finalement là-bas je hais tous ces présomptueux qui ont la même couleur de peau que moi.

Ces blancs si méprisants, si imbus d’eux mêmes, ne sont en réalité que des héritiers, héritiers d’un système ségrégationniste et oppresseur où, il y a à peine 40 ans, le Kanak ne pouvait aller à l’école...

Alors oui, ici il s’agit d’être partisan, le laisser faire est impossible et va à l’encontre de la dignité humaine. La neutralité serait se rendre complice d’une société dualiste et coloniale.

Oui, ici il s’agit de faire l’éloge de ces mouvements, de ces rassemblements de la communauté calédonienne tels que l’USTKE qui affronte de manière directe et effective l’Etat. Il n’y a pas de concession à faire, il y a pleine légitimité à l’action de la société civile.

La beauté spécifique dans ce combat, ce n’est pas seulement cette recherche de justice sociale et ethnique, mais plutôt cette lutte pour la sauvegarde de l’origine, pour le maintien de la tradition, si essentielle pour ces cultures mélanésiennes où l’individu ne trouve sa pleine dimension qu’au sein de la communauté.

Ainsi la révolte témoigne de la solidarité organique et ancestrale de la communauté kanake, valeur qui n’est pas en phase avec l’individualisme propre au capitalisme occidental ; la lutte est donc le seul moyen pour relier avec l’origine, pour promouvoir la culture spécifique de ces peuples autochtones. La légalité ne permet que de faibles avancées car il s’agit de donner la main à un système complètement opposé, on crée alors ce que l’on pourrait appeler une culture vitrine, simple masque d’authenticité dans notre civilisation marchande, ce n’est que par la résistance en faisant valoir ses droits, que l’on assistera à un réel changement, un changement efficace qui modifiera en profondeur la société actuelle qui, au XXIème siècle ne peut plus être pensable et approuvée.

Revenons sur ce mélange de couleur, forme physique du « destin commun », revenons à ces éclats, ces lumières de sourires, ces richesses de partages et d’expériences car ce sont eux qui sont porteurs des lendemains qui chantent, ce sont ces valeurs prônées par « les gens de Kanaky » qui révèlent le non sens actuel.

Gaspard d’Allens

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