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Campagnes solidaires N°243 septembre 2009

Sous le joug du néocolonialisme

mercredi 14 octobre 2009

Nouvelle-Calédonie

À 20 000 kilomètres de la France

Un pays un peu plus grand que deux fois la Corse, où habitent seulement 230 000 personnes dont 100 000 Kanaks (seulement 2/5 des terres leur appartiennent), une population jeune (50% ont moins de 20 ans), une biodiversité unique (3000 espèces de plantes répertoriées dont 80% sont endémiques), des ressources marines et de pêche remarquables, des possibilités de tourisme à petites dimensions et (malheureusement), un sous-sol très riche (30 % des réserves mondiales en nickel)…

Sous le joug du néocolonialisme

Syndicalistes indépendantistes jugés comme des bandits, montagnes « mises à sang » pour extraire le nickel, expropriation du peuple autochtone pour rentabiliser la terre sacrée des ancêtres…Beaucoup de chemin reste à faire, 20 ans après les accords Matignon - Oudinot, pour rendre effectif le projet d’émancipation du peuple kanak.

« La condamnation et particulièrement le mandat de dépôt à l’encontre du président, Gérard Jodar, et de cinq militants de l’Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités (USTKE) s’inscrit dans une logique coloniale. Le procès a été totalement à charge et sans instruction. Cette décision rendue le 29 juin au tribunal de Nouméa au nom du peuple français vise à criminaliser l’action syndicale et à casser le contre- pouvoir syndical de notre pays. C’est inacceptable. Nous sommes partis pour une grande confrontation ». Les visages qui accueillent les paroles de Louis Kotra Uregei, fondateur de l’USTKE, sont graves, tendus. Ils sont plus de quatre mille à s’être déplacés à Nouméa afin de participer à la marche du 4 juillet, exigeant la libération immédiate des syndicalistes et la résolution du conflit Aircal, compagnie aérienne assurant les vols locaux (voir encadré ci-dessous).

« Dans quel pays, en dehors de quelques républiques bananières, décide-t-on à l’occasion d’une manifestation syndicale de condamner à de la prison ferme des militants pour avoir exercé leur droit de manifester, avec pour motif exclusif d’avoir “entravé la circulation d’un aéronef” ? Comment oublier que ce même appareil judiciaire a acquitté en 1987 les tueurs de Tiendanite(1), ou n’a jamais poursuivi les délinquants en col blanc mis en cause dans des rapports divers y compris de la Chambre territoriale des comptes ? », s’insurge Marie-Pierre Goyetche qui assure la direction du syndicat depuis l’incarcération de son président.

Pourquoi cet acharnement ? Les choix politiques de l’organisation syndicale réclamant l’indépendance de la Kanaky ne dérangeraient-elles pas les autorités de l’État français, garantes des intérêts de quelques-uns sur un « caillou » stratégique donnant à la France le statut de seconde puissance maritime mondiale ? Un « caillou » qui brille comme un diamant, tant la biodiversité de la faune et de la flore est exceptionnelle, tant le sous-sol recèle de minerais précieux.

Collusion entre l’économie et le politique

Cent cinquante ans de colonialisme ont attisé bien des convoitises. Pour l’exploitation des ressources, il a fallu parquer les peuples autochtones, les Kanaks, dans des réserves reléguées au fin fond de la brousse. Même si depuis 1984, un effort est fait pour redistribuer les terres, beaucoup de tribus se trouvent encore aujourd’hui à des dizaines de kilomètres du premier village, sans électricité et route viable. Pendant ce temps, une poignée de familles continue à s’enrichir en préservant le monopole de leur activité économique. Une expression courante circule : « De ta naissance à ta mort, tout ce que tu vas acheter va à Lafleur ». À savoir que ce Jacques Lafleur a dominé la vie politique néo-calédonienne pendant plus de vingt-cinq ans. Sur tout l’archipel, on ne trouve qu’un seul fournisseur de ciment ; la famille Leroux est la seule à vendre de la farine, du riz ou des médicaments ; Les Pentecôte détiennent le monopole de l’import et de l’export des produits alimentaires ; le groupe Hersant a la main mise sur la presse écrite, avec Les Nouvelles-Calédoniennes…Bien souvent, ces patrons d’entreprises s’arrangent pour être élus au Congrès, instance délibérante de Nouvelle- Calédonie. La collusion entre les sphères de l’économie et du politique est évidente. Les lois françaises qui dérangent le business ne sont pas appliquées, comme l’imposition sur la grande fortune, la publication des bilans des entreprises, le droit de grève… Une trentaine de pesticides interdits en Europe est utilisée, comme l’endosulfan ou le paraquat. Un premier dossier, peut-être, pour la Fnsea, nouvellement débarquée sur l’île !

La focalisation de l’économie sur le « tout nickel » fait des ravages, aussi bien au niveau environnemental que social. Au cœur de Nouméa, la SLN (groupe Eramet qui prévoit de licencier 500 personnes d’ici 2012) crache ses fumées sur les quartiers les plus pauvres depuis le début du vingtième siècle. Le nickel qu’elle traite provient des mines à ciel ouvert présentes sur toute l’île. Plus de 20 000 hectares, dont la restauration est évaluée à 160 milliards francs cfp minimum (soit 1,3 milliard d’euros) sont aujourd’hui laissés à l’abandon, pans entiers de montagnes aux plaies ouvertes, érosion des latérites qui colorient de rouge rivières et lagons(2).

Pour son fonctionnement, l’usine consomme les 2/3 de l’électricité produite pour la Calédonie. À qui profite cette activité si polluante ? Certainement pas aux Kanaks aspirés par cette fumée sans feu, amenés à grossir les squats de Nouméa (plus de 15000 actuellement sur une population de 120000 habitants). Beaucoup de jeunes quittent ainsi leur tribu, leur lien à la terre et tous leurs repères. Combien de fois entrepreneurs ou élus ont-ils tenté de soudoyer les chefs coutumiers pour acquérir des massifs miniers ? Les querelles entre clans sont alors inévitables. Diviser pour mieux régner est une politique qui s’est toujours avérée payante pour les colonisateurs.

Sortir du « tout nickel »

« Aucun bilan économique, sanitaire et environnemental de l’activité minière n’a été entrepris. Il aurait fallu le faire avant la mise en marche de deux autres projets d’usine, l’un dans la Province sud (Société Goro-Nickel(3)), l’autre dans le Nord (SMSP- Koniambo). Pour le bien-être des populations et l’émancipation du pays, une sortie progressive du “tout nickel” est nécessaire », affirme Valéry Pasco, de l’association Ensemble pour la planète(4).

Ce n’est certainement pas l’avis de l’État français qui sous forme de subvention et de défiscalisation participe largement au développement de ces projets, dans la plus grande opacité dans ses tractations avec les multinationales.

Le droit de vivre autrement

« Ouvrir les robinets d’argent est un travail de sape qui provoque un effet anesthésiant. Insidieux lavage de cerveau qui renforce l’idée paternaliste que je ne peux pas vivre sans toi, forme nouvelle du colonialisme où s’effrite le désir de vivre autrement », se révolte le vieux Filibert Atchee, président du conseil des anciens de la tribu d’N’Dé, dans la commune de Païta. Il sait de quoi il parle : pour rester Kanak, homme de la terre, il s’est fait des ennemis au sein de son propre clan, sa maison a brûlé, il a écopé de 12 mois de prison avec ses fils, beau-fils et neveux. En 2004, un promoteur immobilier est venu arroser d’argent des membres de son clan pour obtenir du terrain afin de créer un lotissement, une marina et un circuit pour moto-cross. Sans sommation, les bulldozers ont creusé dans les tombes des ancêtres, des barbelés interdisent l’accès à la mer. Aujourd’hui, malgré la résistance de gens comme Filibert, les lampadaires éclairent ces lotissements blafards et cadenassés pour gens fortunés. Et par la même occasion empêchent les pétrels (oiseaux de mer) de nidifier.

Vivre autrement en Kanaky, c’est concevoir que cet arbre, ce lézard, ce rocher raconte l’histoire des anciens. Le lien à la terre est source d’identité. Terre aussi nourricière avec l’igname, le tarot, le manioc. Terre où tout pousse, tellement le sol est riche, le climat propice et qui pourrait subvenir sans problème à l’alimentation de la population du pays. Mais pour l’instant, aucune politique ne vise à réduire la dépendance alimentaire de « cette terre de France », expression employée par le ministre Bernard Kouchner au sommet France-Océanie, le 31 juillet à Nouméa.

Cécile Koehler

(1) Tiendanite, fief de la tribu de Jean-Marie Tjibaou, où eut lieu le 5 décembre 1984 une embuscade tendue par des Calédoniens qui tua dix Kanaks dont deux frères du leader indépendantiste, président du FLNKS.

(2) Lagons classés patrimoine de l’Unesco en juillet 2008, sauf au niveau des concessions minières, d’où la possibilité pour ces entreprises de polluer en toute tranquillité.

(3) Aberration écologique, cette usine qui appartient à une multinationale brésilienne comprend un tuyau de rejet en mer des eaux usées après traitement des minerais, soit 10 000 tonnes de métaux lourds qui seront dissous par an ! Premier « incident » de parcours en avril avec une fuite d’acide sulfurique dans le lagon.

(4) www.eplp.asso.nc

Nicole et Filibert Atchee : « Après 150 ans de présence française, il y a seulement deux médecins kanaks qui pratiquent dans le pays. Il n’y a aucun avocat mais beaucoup de curés et de pasteurs ! ».


Le conflit Aircal : une cocotte minute prête à exploser

17 mars 2009 : l’USTKE prend position contre la direction d’Aircal à propos d’un licenciement pour faute d’une employée kanake.

28 mai : le syndicat organise une journée de mobilisation à l’aérodrome de Magenta pour obtenir une négociation jusque-là refusée par l’entreprise. Répression policière violente contre la centaine de militants dont certains se sont réfugiés dans un avion vide, stationné dans un parking. Bien qu’il n’y ait eu aucune dégradation–ni même de bombe déposée comme cela a été évoqué ! – vingt-sept manifestants sont placés en garde à vue pendant 24 h.

7 juin : l’USTKE appelle à la grève générale.

11 juin : la sortie du conflit semble proche. Le représentant de l’État signe un protocole d’accord avec le président de l’USTKE et les avocats de la compagnie, notifiant la prise en charge des trois jours de grève du personnel d’Aircal. Contre la promesse de la signature du président d’Aircal, Nidoish Naisseline, ancien chef coutumier, les militants reprennent leur travail. Finalement, il refusera de signer. « Un affront dans un pays où la parole est sacrée », comme le souligne Marie-Pierre Goyetche, vice-présidente du syndicat.

29 juin : procès au tribunal correctionnel de Nouméa, se concluant par une incarcération immédiate de 6 militants au Camp Est.

4 juillet : grande marche pacifique et populaire dans la capitale exigeant la libération des militants syndicaux ; un collectif est créé regroupant des partis politiques (UC, UCR, Parti Travailliste), des syndicats (SLUA, USTKE, un syndicat d’étudiants), des associations, des personnalités coutumières, du monde social et de l’église.

27 juillet : grève générale illimitée dans tous les secteurs et dans tout le pays.

28 juillet-5 août : nombreux barrages et affrontements violents sur les routes alors que Marie-Luce Penchard, secrétaire d’État au Dom-Tom, et Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, sont présents dans le pays. Forte répression des militants.

6 août : un terrain d’entente est trouvé sur le paiement des jours de grève. Mais le collectif reste mobilisé pour la libération des syndicalistes incarcérés le 29 juin.

25 août : jugement en appel ; de 12 mois, la peine passe à 15 mois de prison ferme pour Gérard Jodar ; de 2 à 12 mois pour les cinq autres militants ; délibéré le 15 septembre.


Témoignages

« Quel sera le Kanak du futur ? »

Astrid Ounine habite à Koné, une région en pleine expansion avec la construction de l’usine de traitement du nickel de SMSP-Koniambo. Dans l’objectif d’y travailler, elle fait des études d’ingénierie en maintenance industrielle. Mais elle change de cap et entreprend des études de documentaliste à Grenoble. Depuis 2008, elle travaille au centre culturel de Koné.

« Dans cinq ans, ce sera le référendum d’autodétermination. J’aurai presque 27 ans, peut-être un enfant. Souvent, je me pose la question : quel sera le Kanak du futur ? Quel avenir pour nos croyances ? Comment les valeurs de respect, de partage, de parole, constituant le pilier de notre identité, vont-elles résister au laminoir d’acculturation qu’est par exemple la télé, présente dans presque tous les foyers ? Et que dire de l’appât du fric ?

J’aime ces paroles du leader indépendantiste kanak, Jean-Marie Tjibaou(1) : « Notre lutte actuelle, c’est de pouvoir mettre le plus possible d’éléments appartenant à notre passé, à notre culture dans la construction d’un modèle de société. Notre identité est devant nous ».

C’est un défi complexe, difficile et paradoxal. On nous impose de le faire très vite. En ce sens, le développement de l’usine me laisse perplexe. Certes, elle a toute sa place dans le cadre du rééquilibrage des richesses entre les provinces sud et nord ; certes elle crée des emplois (800 à 1200 lorsqu’elle fonctionnera en 2012) et des ressources financières (51% du capital appartiennent à la Province nord). Son impact environnemental a été beaucoup mieux étudié et sera plus suivi que pour l’usine de Goro. Malgré tout, la montagne (22 km sur 11 km) va être griffée de partout, la forêt primaire sera arrachée, les rivières polluées, 4 km de récif corallien sont en train d’être détruits pour creuser un chenal, sur les 250 hectares où s’implantera l’usine, la mangrove n’aura plus sa place. L’usine thermique fonctionnera avec du charbon importé d’Australie. Quant à l’impact humain, il est déjà bien visible : déstructuration du tissu social au sein des tribus, inégalités sociales de plus en plus criantes par l’augmentation du coût de la vie (en trois ans, celui du logement a été multiplié par trois)… Pourquoi cautionnons-nous ce système qui ne correspond pas à notre culture ? Je veux vivre de mon jardin, aller pêcher à la rivière, faire pousser mes enfants avec les fleurs, comme ma grand-mère l’a fait ».

(1) Signataire des accords de Matignon, le 26 juin 1988.

NDLR : nous avons appris une nouvelle terrible bien après la parution de cet article : Astrid est décédée le 3 octobre dernier, dans un accident de voiture sur la route transversale Koné – Tiwaka. Nous partageons la profonde tristesse dans laquelle sont plongés ses amis et sa famille.


Témoignages

« Je crois à la force du consensus »

Joseph Arié Bwarhat était le cousin de Jean-Marie Tjibaou. Très proche de lui, il fut son bras droit lorsqu’il fut membre du gouvernement entre 1981 et 1984. À sa mort, le 5 mai 1989, Joseph prit sa succession à la mairie de Hienghène et resta maire jusqu’en 1995.

« En 1854, mon grand-père fut déporté pendant six ans à Tahiti car il n’avait pas accepté l’installation sans autorisation de colons français. Son fils aussi entre 1894 et 1901 car il s’était opposé aux colons qui, sous l’impulsion du gouverneur Feillet, avaient poussé leur bétail à spolier les terres des Kanaks. Ma mère, petite fille, a vu son village brûler et a dû fuir dans les montagnes au-dessus de Tendianite. Moi-même, j’ai vécu les événements de 1984.

L’histoire est jalonnée de moments douloureux. Pourtant, je crois à la force du consensus, elle fait partie de notre culture kanake, au même titre que la palabre et le respect de soi-même et des autres. Sans cette force, la Nouvelle-Calédonie aurait connu des effusions de sang encore plus terribles, comme cela s’est passé dans la plupart des colonies qui se sont émancipées. Le destin commun est une évidence dans ce pays où se côtoie une multitude d’ethnies, où les métissages sont très fréquents. Les accords de Matignon-Oudinot, en 1988, nous mènent sur la voie de l’autonomie mais il faut être vigilant pour qu’ils soient correctement appliqués. Le sénat coutumier a été officialisé par l’accord de Nouméa en 1998. Nous n’avons pas encore obtenu le droit de veto. Quant au cadastre coutumier, il doit être terminé d’ici 2014. La terre doit retourner à ses premiers occupants, ce qui ravivera sans doute les anciennes tensions. Les clans qui seront replacés recevront alors un titre légal. Les premiers ont été distribués cette année.

Pour avancer, il faut de l’espérance dans la lutte. Je crois en la capacité des Kanaks à diriger un pays. Nous l’avons bien fait au début des années 80, nous avions un budget équilibré et un programme pour mettre en place la souveraineté alimentaire. Mais pour cela, il faut que les Kanaks soient unis. Attention à l’exercice du pouvoir qui tourne les têtes ! »


Témoignages

« Des formations copiées-collées inadaptées »

Jean-Yves Nawa, de la tribu de Mwangou à Poniérihouen, est éducateur. Militant de l’USTKE, il fut élu en 2008 aux élections communales sur la liste du tout récent Parti travailliste.

« Sur notre commune de 3 000 habitants, nous faisons partis, Isabelle et moi, des 7% de la population salariée. Notre couple qui a deux enfants gagne 500 000 cfp (soit 4 190 euros) par mois. Ceux qui ne travaillent pas et qui ont deux enfants perçoivent des allocations de solidarité de l’ordre de 24 000 cfp (201 euros) mensuels. La solidarité est naturelle et réciproque. Régulièrement nous recevons du poisson, des ignames, du cerf car nous avons peu de temps pour cultiver notre champ, aller à la pêche ou à la chasse. De notre côté, nos voitures sont bien utilisées et nous rendons différents services. La vie en tribu est très codifiée mais elle ne pèse pas et je ne me verrais pas vivre ailleurs.

Depuis un an, je consacre beaucoup de temps à ma fonction d’élu. Nous sommes 4 militants au Parti travailliste sur 23 membres du conseil. Nous arrivons à faire évoluer les dossiers, notamment dans le domaine de l’habitat social et du désenclavement d’un certain nombre de tribus, très mal desservies en routes, en ponts, souvent sans électricité.

De part mon travail et mon expérience dans les Écoles populaires kanakes (EPK), créées en 1985, je suis très sensibilisé sur les problèmes d’enseignement. Les formations actuelles sont des « copier-coller » de celles pratiquées en métropole, inadaptées à la culture kanake. Il faut parler à nos enfants de notre histoire qui n’est pas celle des Gaulois ! Nous devons former des jeunes non pas pour qu’ils fassent carrière mais pour qu’ils restent au pays. Il est temps de préparer l’après-indépendance. Au lieu de tester sans cesse nos gamins, on ferait bien d’évaluer les programmes(1) ».

(1)14% des Kanaks ont le bac.


L’USTKE : bien plus qu’un syndicat !

Signataire des accords Oudinot (prolongement des accords Matignon du 26 juin 1988), l’Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités (USTKE)(1), s’inscrit pour l’accession à l’indépendance du pays kanak. Depuis sa création en décembre 1981, c’est un syndicat d’actions, présent sur le terrain, assurant un rôle de contre-pouvoir, pour tout pouvoir en place. Usines, tribus : même combat. L’immigration massive est dénoncée(2), l’emploi local défendu. À l’intérieur même du syndicat se vit au quotidien le « destin commun » : Kanaks, Calédoniens, Wallisiens, Tahitiens… tous solidaires, chacun a sa place.

Des piquets de grève peuvent durer plusieurs années. Non seulement le syndicat assure la préparation des négociations mais aussi le ravitaillement des familles en grève, le soutien amical, la formation des personnes à reclasser, le lancement de nouvelles entreprises où les salariés deviennent les premiers actionnaires…Le financement de telles opérations provient des cotisations (5000 adhérents environ) et d’opérations exceptionnelles comme l’organisation de jeux de bingo. Pour les familles dont les pères ont été emprisonnés le 29 juin et pour payer les avocats des jours prochains, un bingo de 4 jours a permis de récolter 5 millions de cfp (42 000 euros) de bénéfice ! Durant les grèves liées au conflit d’Aircal, chaque jour des équipes se relaient pour préparer une bonne soupe, griller du poisson ou du cerf au siège de l’USTKE, dans la Vallée du Tir, à Nouméa. Chacun veille à ce que personne ne soit dans le besoin.

Pour relayer l’action du syndicat au niveau politique, l’USTKE a créé le Parti travailliste le 18 novembre 2007, avant les élections municipales de mars 2008 et les élections provinciales de mai 2009. De bons résultats pour un si jeune parti puisqu’il y a eu 40 élus municipaux et 5 élus provinciaux dont 3 siègent au Congrès. Sa présidence est assurée par le fondateur de l’USTKE, Louis Kotra Uregei.

(1)www.ustke.org

(2)16 000 métropolitains attirés par la forte croissance économique, arrivent chaque année sur le territoire et environ 12 000 en repartent, soit un solde positif de 4 000 personnes par an.

Cécile Koehler

Campagnes solidaires

N°243 septembre 2009

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