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Témoignages des militants incarcérés

lundi 23 juin 2008

Quatorze militants de l’USTKE ont été incarcérés au Camp Est suite aux affrontements du 17 janvier aux abords du dépôt de Carsud. Ils ont comparu dans la foulée le 22 janvier dernier, et ils ont été immédiatement mis en détention « provisoire »… durant cinq semaines.

Au cours des procès qui ont eu lieu en mars et en avril, ils ont été condamnés, avec huit autres syndicalistes, à des peines de prison allant de 1 mois à 1 an ferme.

Nous revenons sur le vécu de neuf d’entre eux au pénitencier de l’île de l’oubli (nom donné à la prison de Nouville, le bagne où séjournèrent Louise Michel et les déportés de la Commune de Paris ; aujourd’hui appelé « Camp Est »).

Les syndicalistes étaient séparés et interdits de communiquer entre eux. Ils étaient enfermés avec des détenus de droits communs.

Likaleto Laufou

53 ans, 5 enfants, employé à la GFNC

« C’était la première fois que je faisais un séjour de l’autre côté ! Je pensais beaucoup à mes enfants et à ma femme. La cellule où j’étais installé était trop petite pour accueillir cinq personnes, c’est vraiment petit. On étouffait à l’intérieur. Je pense beaucoup aux quatre autres détenus qui étaient avec moi ; ils sont jeunes et je ne sais pas ce qu’ils vont devenir. Je souhaite vraiment qu’ils trouvent un boulot à leur sortie. Il faut qu’on fasse quelque chose pour eux.

Les conditions de détention ne sont vraiment pas bonnes, je déplore beaucoup cette situation…

Je suis resté un mois avec mon épaule déboîtée, ils ne m’ont fait une radio qu’à la veille de ma sortie. A chaque fois que je le pouvais, je faisais une demande écrite pour mon épaule… »

Thierry Pouya

34 ans, 4 enfants, employé à Arbé

« C’était la première fois que je faisais un séjour au Camp Est. Je l’ai mal vécu… Mes enfants m’ont beaucoup manqué… Je tiens à remercier toute l’organisation syndicale, les associations, le collectif « Agir contre l’arbitraire et les discriminations", le sénat coutumier, les camarades du Nord, du Sud, et des Îles pour leur mobilisation et leur soutien… »

Mickaël Qalue

31 ans, 1 enfant, employé à Nestlé

« Ca été dur au départ, puis je me suis vite fait des potes bien que j’aie eu du mal durant les deux premiers jours. Nous étions cinq personnes dans la cellule.

Ca m’a fait plaisir de recevoir des messages de soutien de personnes de France tout en sachant que l’on se mobilisait aussi ici pour nous.

Ma femme étant malade, elle avait demandé au procureur que je puisse bénéficier d’une semi-liberté mais cela a été refusé. Etant moi-même malentendant, je n’ai pu avoir mon appareil qu’au bout de deux semaines par l’intermédiaire de l’avocat… »

Roger Hmae

41 ans, 5 enfants, employé à la CSP

« Je suis vraiment dégouté de la prison de Nouville, c’est sale ! Ne parlons pas des repas…

La cellule où j’étais avec les quatre autres prisonniers était vraiment petite pour tous nous accueillir. On mangeait à même le sol, il n’y a même pas de table…

Je salue au passage toutes celles et tous ceux qui nous ont apporté leur soutien durant notre séjour en prison. »

Julien Vaiagina

32 ans, 6 enfants, employé à Electra

« J’étais découragé d’être là-bas ! Nous n’avions fait que défendre nos camarades lors des affrontements. Psychologiquement, cela nous a beaucoup fait travailler le mental. Malgré tout, nous avons bien été épaulés par les détenus, il y avait une bonne entente entre nous.

Nous étions cinq dans une cellule de 12 mètres carrés, il n’y avait pas d’air et il faisait constamment chaud. Les espèces de toilettes turques servaient aussi de douche, c’est vraiment insupportable, et nous mangions à même le sol !... »

Emile Kai

46 ans, 3 enfants, employé à Géant Sainte- Marie

« Ce qui m’a surpris c’est le fait que deux inspecteurs viennent encore nous interroger sur les affrontements. Ils nous ont demandé si on avait reçu l’ordre du président de l’organisation syndicale d’attaquer les policiers : cela n’a jamais été le cas, on ne nous a rien ordonné ou dit, nous nous sommes simplement défendus face aux forces de l’ordre, certes avec des cailloux, alors qu’eux étaient avec des armes beaucoup plus dangereuses. Nous avons été surpris par l’attaque des policiers alors qu’on était tranquillement sur le piquet.

En ce qui concerne les conditions de détention, elles sont toujours aussi effrayantes. Je pense à tous les frères qui sont là-bas. Nous étions cinq dans chaque cellule. Quand il faisait chaud, on bouclait la porte de la cellule avec des serviettes afin d’inonder cette petite pièce pour avoir un peu de fraîcheur. On mangeait à même le sol… »

André Hanquez

41 ans, 2 enfants, employé à Fabical

« Les trois premiers jours étaient assez durs. On pense toujours à la famille. Heureusement qu’on avait le soutien des frères incarcérés, il y avait beaucoup d’entraide entre nous.

On a appris par un gardien que l’organisation syndicale manifestait devant le Camp Est, c’était un encouragement pour nous…. »

Alexandre Mai

36 ans, enfants, employé à la CSP

« Ce n’était pas ma maison. Je ne me sentais pas très bien là-bas. J’étais vraiment perdu. Et c’est la première fois que je me retrouvais dans une cellule. Mes enfants m’ont beaucoup manqué. »

Franck Eva

22 ans, employé à la CSP

« Le mois passé de l’autre côté a été pour ma part un temps de réflexion. On a appris ce que c’était que le partage ! Je sais ce que je ferai plus tard. »

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